Écrit par le 31 mars 2017

   A Akemi, une amie japonaise, laquelle vit à Tokyo avec son époux (un breton nord-Finistérien), j’ai demandé de traduire le haïku suivant :

 

Lune sous la brume
il a versé le thé vert
dans un bol de jade

 

   Je l’ai écrit en mode jisei – épitaphe ou poème d’au-revoir, par lequel l’auteur exprime une perception de lui-même ou de son vécu ici-bas. J’avais précisé à mon amie, pour cette traduction, d’occulter les règles du haïku, sachant qu’elle pratique quelques arts de son pays, dont la calligraphie et le théâtre nô, ne voulant pas de ce fait la lancer dans un casse-tête littéraire. En réponse j’ai obtenu ceci :

 

彼が翡翠茶碗に緑茶を注いだ朧月夜
Kare ga hisui chawan ni ryokutya wo sosoida oboro tsukiyo

 

   Le kigo (évocation de la saison) est ici rejeté à la fin (oboro tsukiyo / clair de lune brumeux, nuageux), l’on reconnait hisui chawan (bol de thé en jade) et ryokutya (ou ryokuchathé vert). Le total compte 23 pieds.

   J’ai alors songé à ce poème de Ayako Hosomi, traduit par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku pour l’anthologie Du rouge aux lèvres (Ed. Points / La table ronde) :

 

そら豆はまことに青き味したり
Soramame wa makoto ni aoki aji shitari

La fève
au goût fort
d’herbe !

 

   Voici 17 syllabes réduites à 6 ; Une occasion supplémentaire pour méditer sur cet abysse formel qui sépare nos propositions occidentales de celles nippones.

(Photo : Jean-Philippe Audren)
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